Le groupe d’experts de haut niveau sur la modernisation de l’enseignement supérieur publie aujourd’hui son premier rapport sur l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les universités. Ce groupe, présidé par l’ancienne présidente de l'Irlande, Mme Mary McAleese, formule 16 recommandations (voir annexe 1) dont une invitation à instaurer une formation obligatoire certifiée destinée aux professeurs et autres membres du personnel enseignant de l’enseignement supérieur, à mettre l’accent sur le développement de compétences liées à l'esprit d'entreprise et à l'innovation chez les étudiants, et propose la création d’une académie européenne de l’enseignement et de l’apprentissage.
Mme Androulla Vassiliou, commissaire chargée de l’éducation, de la culture, du multilinguisme et de la jeunesse, a déclaré: «En fondant ce groupe, mon objectif était de susciter des manières de penser et des idées nouvelles. Ses recommandations arrivent à point nommé, elles sont pratiques et ne requièrent pas nécessairement de faire d'importantes dépenses supplémentaires. Il est crucial que nos systèmes d’enseignement supérieur et de formation dispensent un enseignement de qualité en mesure de munir les étudiants du bon équilibre de compétences au service de leur développement personnel et professionnel. La Commission fera tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir la mise en œuvre de ces recommandations.»
Et Mme Mary McAleese, présidente du groupe, d'ajouter: «Un enseignement et un apprentissage de qualité dépendent du travail et de l'engagement de personnes et d'institutions soutenues par des politiques qui mettent l’enseignement et l’apprentissage au premier plan. Le personnel enseignant de l'enseignement supérieur doit recevoir la formation et le soutien dont il a besoin pour produire un excellent travail. Notre rapport montre comment il est possible d'y parvenir.»
Le groupe, qui a été fondé par la commissaire Vassiliou en septembre dernier, a conduit de vastes consultations auprès des parties prenantes dans le cadre de ses travaux. Il a constaté que de nombreux établissements d’enseignement supérieur n'insistent pas assez sur l’enseignement par rapport à la recherche, même si tous deux sont des missions clés de l’enseignement supérieur. «Il faut rééquilibrer tout ça, accorder plus de poids et de reconnaissance à l'enseignement dans la définition du mérite académique, surtout sous l'angle de la carrière», a déclaré la commissaire. «C'est pourquoi je me réjouis de la proposition de former tous les professeurs de l’enseignement supérieur à l'enseignement.»
Prochaines étapes
Le groupe de haut niveau va s'atteler à la seconde partie de sa mission, centrée sur la manière de donner un effet maximal aux nouvelles méthodes permettant de produire un enseignement supérieur de qualité, comme les cours en ligne ouverts et massifs (Massive Open Online Courses, ou «MOOC»), qui permettent aux personnes d’accéder à l’enseignement supérieur de chez elles. Des partenaires dans 11 pays ont récemment lancé les premiers MOOC paneuropéens avec l'aide de la Commission européenne (IP/13/349). Le prochain rapport du groupe de haut niveau devrait être publié en juin 2014.
Contexte
Les travaux du groupe de haut niveau relèvent de la stratégie de la Commission au soutien de la modernisation de l'enseignement supérieur dans les États membres. De nombreux progrès ont déjà été faits dans ce domaine. Le processus de Bologne, par exemple, permet aux étudiants d’étudier plus facilement à l’étranger et d’obtenir la reconnaissance de leurs titres dans toute l’Europe. Un nouveau système pluridimensionnel declassement des universités, lancé à l'initiative de la Commission et qui devrait publier ses premières conclusions au début de l’année prochaine, facilitera la comparaison entre universités de manière à ce que les étudiants soient mieux renseignés lorsqu'ils choisiront leur université.
Le programme européen de modernisation des établissements d'enseignement supérieur, approuvé par les ministres de l'éducation les 28 et 29 novembre 2011, détermine des secteurs dans lesquels les pays de l'UE doivent faire plus d'efforts pour atteindre les objectifs qu'ils partagent et montre comment l'Union européenne peut venir à l'appui de leurs politiques de modernisation. Au nombre des priorités figurent la qualité et la pertinence de l'enseignement supérieur en vue d'adapter les cursus aux besoins des étudiants, des employeurs et des carrières du futur, ainsi que l'accroissement du nombre de diplômés. Le programme encourage une coopération accrue entre les universités, les entreprises et les centres de recherche. Il s’inscrit dans le cadre de la plus vaste stratégie Europe 2020 de la Commission visant à promouvoir la croissance et l’emploi, dans laquelle l'enseignement joue un rôle clé.
Erasmus pour tous, le nouveau programme pour l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport, dont le lancement est prévu en janvier, soutiendra la réforme des politiques dans les États membres, en mettant l’accent sur le renforcement de la base de connaissances pouvant étayer l'élaboration des politiques et l’échange de bonnes pratiques. Le programme devrait être doté d'un budget d’environ 14,5 milliards d’euros pour la période 2014-2020 — 40 % de plus que les programmes actuels — et octroiera des bourses à 4 millions de personnes afin qu'elles acquièrent une expérience et des compétences internationales dans le cadre d’études, de formations et de périodes de bénévolat à l’étranger.
Groupe de haut niveau sur la modernisation de l’enseignement supérieur
Recommandations pour améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage
Dans son rapport, le groupe de haut niveau a répertorié différentes manières d'améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage. Compte tenu de la diversité des situations de départ des établissements d’enseignement supérieur et des pays, le groupe de haut niveau a essayé de présenter un large éventail d’instruments, d'outils et d'exemples pratiques montrant comment des approches différentes — et souvent assez simples — peuvent fonctionner. Pour en revenir au point de départ: l'enseignement est important. Il l'est tout autant que la recherche. Il faut mettre la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage en avant.
À cette fin, le groupe de haut niveau recommande:
Recommandation 1
Les autorités publiques responsables de l’enseignement supérieur devraient veiller à l'existence d'un cadre durable, solidement financé, en mesure d'aider les établissements d’enseignement supérieur dans leurs efforts pour améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage.
Recommandation 2
Chaque institution devrait élaborer et mettre en œuvre une stratégie de soutien et d’amélioration régulière de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, en consacrant suffisamment de ressources humaines et financières à cette tâche, et intégrer cette priorité dans sa mission générale en plaçant dûment l’enseignement au même niveau que la recherche.
Recommandation 3
Les établissements d’enseignement supérieur devraient encourager, apprécier et prendre en compte le retour d’information donné par les étudiants, lequel pourrait faire détecter précocement des problèmes dans l’environnement d’enseignement et d’apprentissage et permettre d'améliorer ce dernier plus rapidement et efficacement.
Recommandation 4
En 2020, l'ensemble du personnel enseignant des établissements d’enseignement supérieur devrait avoir reçu une formation pédagogique certifiée. La formation professionnelle continue à l'enseignement devrait devenir une exigence en ce qui concerne les enseignants de l’enseignement supérieur.
Recommandation 5
Les décisions de recrutement, d'avancement et de promotion du personnel universitaire devraient tenir compte d’une évaluation des compétences pédagogiques, parallèlement à d’autres facteurs.
Recommandation 6
Les chefs d'établissement et les responsables politiques devraient reconnaître et récompenser (par exemple par des bourses ou des prix) les enseignants de l'enseignement supérieur qui contribuent de manière significative à l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, que ce soit par leur pratique ou par leurs recherches sur l’enseignement et l’apprentissage.
Recommandation 7
Il convient que la conception et le suivi des programmes se fassent par un dialogue et des partenariats entre le corps enseignant, les étudiants, les diplômés et les acteurs du marché du travail et que les programmes s'appuient sur de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage, afin que les étudiants acquièrent les compétences nécessaires pour renforcer leur capacité d’insertion professionnelle.
Recommandation 8
Les résultats des étudiants dans leurs activités d’apprentissage devraient être évalués en fonction d'objectifs d’apprentissage clairs ayant fait l'objet d'un accord, définis en collaboration par tous les membres de la faculté participant à leur réalisation.
Recommandation 9
Les établissements d’enseignement supérieur et les décideurs politiques nationaux, en partenariat avec les étudiants, devraient mettre en place des systèmes de services de conseil, d’orientation, de tutorat et de suivi visant à aider les étudiants à leur entrée dans l’enseignement supérieur et dans leur parcours jusqu'au diplôme et au-delà.
Recommandation 10
Les établissements d’enseignement supérieur devraient introduire et promouvoir des approches transdisciplinaires et interdisciplinaires de l’enseignement, de l’apprentissage et de l’évaluation, afin d’aider les étudiants à développer leur ouverture d’esprit, leur esprit d'entreprise et une mentalité innovante.
Recommandation 11
Les établissements d’enseignement supérieur — avec l'appui des administrations publiques et de l’Union européenne — devraient aider les enseignants à développer leurs compétences en matière d'enseignement en ligne et d’autres formes d’enseignement et d’apprentissage ouvertes par l’ère numérique, et devraient exploiter les possibilités offertes par les technologies pour améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage.
Recommandation 12
Les établissements d’enseignement supérieur devraient concevoir et mettre en œuvre des stratégies globales d’internationalisation en tant que partie intégrante de leur mission et de leurs fonctions générales. La mobilité accrue des étudiants et du personnel, la dimension internationale des programmes d’études, une expérience universitaire internationale, une connaissance suffisante de l’anglais et d'une deuxième langue étrangère et des compétences interculturelles, des cours et des diplômes transnationaux et des partenariats internationaux devraient devenir des éléments indispensables de l’enseignement supérieur en Europe et ailleurs.
Recommandation 13
L'Union européenne devrait promouvoir la mise en œuvre de ces recommandations, en particulier en encourageant:
les démarches pédagogiques et les méthodes d'enseignement et d’apprentissage novatrices;
les méthodes d'orientation, de conseil et de tutorat;
l’amélioration de la conception des programmes, compte tenu des dernières recherches sur l’apprentissage humain;
la professionnalisation et le perfectionnement des enseignants, des formateurs et du personnel;
la mobilité et les échanges entre professeurs universitaires pour des missions d’enseignement à long terme; et, enfin,
la collecte systématique et régulière de données sur des questions ayant une incidence sur la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage.
Recommandation 14
L'Union européenne devrait financer la mise en place d’une académie européenne de l’enseignement et de l’apprentissage dirigée par les parties prenantes et s'inspirant des bonnes pratiques prises en considération dans le présent rapport.
Recommandation 15
Les chercheurs financés par les actions Marie Skłodowska-Curie et qui envisagent une carrière en milieu universitaire devraient avoir la possibilité d’acquérir des qualifications pour l’enseignement professionnel et être soutenus dans des activités pédagogiques en parallèle à leurs travaux de recherche.
Recommandation 16
Dans le cadre de leurs accords de partenariat au titre des Fonds structurels, les États membres sont encouragés, en partenariat avec les régions, à donner la priorité aux initiatives visant à favoriser le développement de compétences pédagogiques, la conception et la mise en œuvre de programmes répondant aux besoins de la société et du marché du travail, et le renforcement de partenariats entre l’enseignement supérieur, les entreprises et le secteur de la recherche.
Membres du groupe de haut niveau sur la modernisation de l'enseignement supérieur
Mary McAleese (Présidente)
Agneta Bladh
Vincent Berger
Christian Bode
Christian Bode a publié de nombreux écrits concernant les différents aspects de la politique de l’enseignement supérieur, et s’est intéressé particulièrement à la coopération internationale entre universités. Il fait partie du conseil d’administration de plusieurs universités en Allemagne et à l’étranger (notamment celles de Munich, Berlin, mais aussi Mascate et Shanghai) et d’organisations professionnelles.
Jan Muehlfeit
Tea Petrin
Alessandro Schiesaro
Loukas Tsoukalis